Aujourd’hui prend vie une histoire, l’histoire d’une vieille dame qui m’a été inspirée par une nouvelle publiée par Katara.
Vous pourrez la lire là
Il y longtemps, très longtemps, ta mère n’était pas encore née ma fille.
J’étais en Angleterre. Mes parents, plutôt précurseurs à l’époque, m’avaient confié aux bons soins d’un couvent au sud de Londres. Les sœurs s’occupaient d’enfants abandonnés. J’étais la seule étrangère et la plus âgée.
Dans la semaine, je prenais des cours d’anglais à Londres. Je prenais un train, un ravissant train à vapeur qui serpentait d’un petit village à un autre pour nous ramener vers la ville. Nous sortions couverts des petits filaments noirs contenus dans la fumée. Il fallait presque s’ébrouer pour se débarrasser de ces indélicatesses sur nos robes claires.
Mais, rien ne serait venu troubler cet instant magique entre tous où sortant de la gare, je regardais les femmes élégantes, ces messieurs aux chapeaux noirs et cannes à pommeaux parfois troquées par des parapluies. A cet instant, j’étais libre, libre de marcher dans les rues, libre de jouer à l’élégante le temps de me rendre à l’école.
Je me redressais, le buste droit et fier, la tête haute, la démarche fluide. J’aurais pu être en représentation : le trottoir eut été la scène, la foule mon public. Je rêvais à chaque pas d’un beau monsieur qui très galamment ramasserait le mouchoir chu par inadvertance.
Le temps de traverser ces quelques rues chaque matin et chaque soir était devenu en quelques mois, une friandise douce au gout frôlant l’interdit
Tu sais, ma fille, mes parents ne l’ont jamais su.
Les mois passèrent au rythme enchanteur des ces promenades. Au fil du temps, je m’enhardie et trouvai des chemins plus longs, plus aventureux pour me rendre aux cours.
Je prenais chaque matin et chaque soir le même train, 8h12 et 17.34 invariablement.
Un vendredi soir alors qu’un long sifflet retentissait dans la gare Victoria, un homme bondit dans le wagon tandis que le train s’ébrouait déjà. Le souffle court, le costume défait, le chapeau de travers, il conservait cependant ce port altier qu’ont naturellement les sujets britanniques.
Tu sais, ma fille, tu es la première à qui je raconte cette histoire, j’ignore pourquoi, mais aujourd’hui j’ai envie de te la narrer dans les détails.
Dès qu’il s’est retourné vers moi, je fus éblouie par sa prestance. Je ne voyais plus que lui dans ce wagon pourtant rempli. Un tunnel, le noir, je fermai les yeux, les rouvrit, il n’était plus là, mon cœur bondit dans ma poitrine. Où était-il ?
Je me retournai prestement, il était là, grand, occupant l’espace. Il s’était rajusté.
Je descendis avant lui, pourtant j’eus tout loisir de l’admirer lors du trajet, avec toute la discrétion d’une jeune fille bien élevée.
Toute la soirée les sœurs me trouvèrent étourdie, le regard dans le vide. Elles étaient loin de se douter, ces saintes femmes, qu’un homme, il y a quelques heures avait enflammé mon cœur de jeune fille.
Le week-end fut incroyablement long, je jouais avec les autres enfants mais sans mon allant habituel.
Toutes mes pensées allaient vers cet inconnu croisé dans un train au sud de Londres.
La journée de lundi s’allongea jusqu’à paraitre interminable.
A 17.32, mon cœur battait la chamade, il n’était toujours pas là. Je dus réprimander un discret coup d’œil sur le quai, c’eut été inconvenant. Puis soudain surgit de nulle part, deux mains s’accrochèrent à la porte du wagon, mon cœur battait cette fois à tout rompre : c’était lui. Sans le vouloir, je dus le regarder avec insistance car il m’adressa un charment sourire, et en soulevant drôlement son chapeau me dit : « It was fair time », oh que oui : « il était temps … »
Ce furent les premiers mots d’un très grand amour ……..
mouillez vous !!! - les 28 sont encore tout humides ...









