Mon corps commence à me faire ressentir les
effets du sport, je ne suis cependant pas courbaturée enfin pas plus que ça, à mon grand étonnement.
Je me rends compte que je suis là depuis déjà une semaine. Le temps
passe vite. Dans la journée, les activités sont variées. Je participe au maximum sachant que je ferai le tri semaine prochaine.
Petite anecdote à midi :
L’infirmière rentre de ma chambre et voyant le plateau repas sur la
table et moi travaillant sur l’ordinateur, me dit
- He bien, la vilaine, ELLE est sur l’ordinateur alors que le repas est
servi.
Du tac au tac je lui réponds :
- Pourquoi me parler vous de cette manière ? c’est bon je vais manger, il
n’est pas nécessaire de m’infantiliser, suis une grande fille !
- Heu mais non, c’était de l’humour !
- Ha étrange, tout de même
- bon je vois qu’on ne peut pas plaisanter avec vous, me répond
t’elle
Et elle repart en faisant la gueule.
Je conçois volontiers que mon sens de l’humour en ait pris un coup
depuis ma déprime, pourtant, j’ai 48 ans et me parler comme à une môme de 10 prise en faute ne m’apparait pas comme hilarant.
Va falloir que je songe à recycler mon humour !
Après coup, ça me rappelle les « Bidochon assujettis à la
sécurité sociale ». Vous vous souvenez ? Plein de gens dans le domaine de la santé vous envoie du « il ou elle » au lieu du vous,
comme une distance entre soigné et soignant, venue d’un autre temps.
Je participe à un groupe de paroles. Je ne pense pas que ce qui s’y
est dit soit spécifiquement lié à l’obésité. Sur ce un échange d’idées et un partage encadré est assez stimulant pour l’esprit.
Si en clinique psychiatrique, je pouvais dans le contexte vivre
sans aucune vie sociale, ici, et vu mon rétablissement psy justement, c’est bien plus pesant.
Les soirées sont clairement longues.
En milieu d’après midi, conférence sur l’activité physique, le
jeune homme a un discours fluide, cohérent, une bonne maitrise du sujet et un « ascendant pédagogique » de bonne qualité sur le groupe (nous sommes très, voire trop
nombreux).
Et voilà qu’au creux d’une phrase revient cette notion de combat.
Bien sur, je m’insurge.
- Ce n’est qu’un mot, me dit il
Oui, c’est un mot, un mot fort, un mot qui n’est absolument pas
neutre, un mot totalement connoté.
Il le reprend de suite et le remplace par démarche, je lui en sais
gré.
Cependant, j’éprouve encore cette même fougue à ne pas accepter
cette notion de combat contre soi même. Peut être, suis-je trop pacifiste, trop anti militariste, peut être ai-je trop combattu ?
Mais le mot combat est rude et totalement à l’encontre de ma
démarche. Encore une fois, ces propos n’engage que moi et si je les partage c’est afin de faire connaitre ma réflexion, mon vécu, non pas pour dicter des règles, mais afin d’en tirer une
philosophie de réconciliation avec moi même.
Il y a actuellement, vu les avancées scientifiques, un consensus à
peu prés général, sur le fait que les « régimes » dans le sens hyper restrictif où on les entendait sont stupides et laissent des traces irrémédiables sur le corps qui les gardent en mémoire.
Cependant, personne ici ne semble vouloir aller plus loin et avoir une démarche philosophique un peu plus poussée, en introduisant la notion d’harmonie, de conciliation, entre l’obèse
et son corps.
C’est fou, je n’explique pas enfin si je crois, mais cela me parait
une telle évidence aujourd’hui après des années d’errance ; c’est dans un climat serein que l’on gère ces problèmes intimes, c’est, pardonnez à l’autodidacte que je suis, le ba-ba de la
psychologie, gérer ses émotions ce n’est pas les combatte, c’est les comprendre, les étudier, y réfléchir puis agir.
Arrêtez moi si je me trompe, ne vais-je pas depuis 4 ans chez un
psy pour régler tant que faire ce peut mes combats intérieurs ? Pourquoi alors parce qu’il s’agit de mon corps devrais je être en
guerre ?
Sans parler de cabale, n’est ce pas un jugement sur l’obèse, de la
part de celui qui ne l’est pas ?
Ce jeune homme sans trop réfléchir, tout à l’heure, m’a répondu, je
ne cite pas ses mots exactement, mais tacitement : vous êtes tous là car vous êtes en échec et il vous faut combattre.
C’est un jugement arbitraire. Cet « échec », s’il faut le
nommer ainsi, est impossible à cacher et se révèle à la face du monde et de ce fait est stigmatisé. Certains autres sont bien moins visibles que nos gros ventres et ne sont pas sans cesse
mentionnés aux intéressés comme étant des cibles à combattre. Il semble que certaines « tares », ou considérées comme telle par l’autre deviennent un poids pesant lourdement sur la
collectivité, donc à éradiquer, combattre.
Mais qui s’interroge sur le nombre de plus en plus croissants de
ces « tarés » ? Qui les crée ? Et surtout qui peut s’arroger le droit de les définir ces « différentes tares » ?
Au nom de quoi ?
Et si tout cela n’est pas le reflet d’une société, si tout cela
n’est pas profondément philosophique, sociologique, s’il vous plait, expliquez moi, car décidemment je ne comprends rien.
Voilà mes réflexions de la journée, je n’ouvre ici que quelques
pistes.
Sur ce nous nous sommes rejoints ce jeune homme et moi, puisqu’à la
fin de son exposé, il nous a affirmé haut et fort que l’essentiel dans l’activité physique est d’y trouver du plaisir.
Heu !!!! Combat, plaisir ??? Oops je n’ai pas du faire
assez de sport, j’arrive encore à réfléchir !
Il est tard, j’ai divagué un peu sur vos blogs, je suis
physiquement fatiguée et puis, enfin, voilà, les miens me manquent, tous ceux qui habitent ma vie, ceux que j’aime avec une profonde tendresse ….
Je vais aller dormir, le sommeil chassera la
tristesse.