Partager l'article ! Les jumeaux: J’entre dans cette histoire Un après midi au ciel noir La femme au r ...
J’entre dans cette histoire
Un après midi au ciel noir
La femme au regard médusé
Me murmure, épuisée :
« Ce n’est pas vrai, n’est pas, ce n’est pas vrai ? »
Comment lui dire que son espoir est aussi vain que cette mort est vrai ?
Son corps tétanisé refuse la vérité
Son esprit confus nie la funèbre réalité
Elle arrache de son cou une croix
Signifiant, qu’à un Dieu cruel, elle ne croit.
Ce matin, il a emporté son enfant, son fils
Au mépris de la moindre justice.
Il avait 8 ans, la mort l’a pris dans sa funeste escapade
Alors que son jumeau encore avec quiétude gambade.
Les yeux, de la mère épleurée
Roulent affolés, apeurés
Comment annoncer cette atrocité ?
Expliquer à un jumeau que l’autre s’en est allé.
Cette femme, je l’ai croisée, le temps d’une crise de tétanie. Je ne l’avais jamais vue, je ne l’ai jamais revue. J’étais infirmière, confrontée à l’impuissance des mots, ne pouvant offrir qu’un regard le plus serein possible, un geste rassurant et furtif. Qui pourrait prétendre à cet instant ne pas être inondée d’une empathie forte, devant une souffrance qui semblait si terriblement insoutenable, quasi irréelle tant elle était intense. ? Cette empathie fut la seule chose que je pouvais lui donner. Aujourd’hui, plus de quinze ans après, ma mémoire a oublié son visage, mais sa douleur et sa peine sont intactes quelque part tout au fond de mon cœur. Je ne suis pas certaine que l’on puisse sortir indemne de cette horreur, pourtant j’ai envie d’espérer que faute d’oublier, elle a surmonté. Ce jour là, j’ai croisé la mort sans la voir et ai détesté ce Dieu si peu miséricordieux. Et pourquoi ai-je cette étrange sensation que, elle, elle lui a pardonné ?
Je ne peux pas dire
qui je serai demain.
Chaque jour est neuf
et chaque jour je renais.
Paul Auster