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Ce voyage fut peut être le plus doux de tous ces mois londoniens. 
Je  contemplais cet homme sans en avoir l’air. Il était grand, bien bâti, disait on, en ce temps là. 
J’eus du mal à rencontrer fortuitement son regard, puisqu’il aurait été  inconcevable d’une fille de mon âge, j’avais alors environ 18 ans, puisse regarder un homme ouvertement. Je l’aperçus cependant, ses yeux étaient marine, d’un bleu profond. 
Il avait le front haut, des pommettes saillantes, une chevelure brune un peu bouclée et sans doute étonnamment longue pour l’époque.

Comment te décrire son allure, ma fille ? Un coté dandy sans doute, mais avec une touche laissant présagé un grand romantisme, un petit coté artiste peut être. 
C’était un bel homme, mais pas une de ces beautés fades, esthétiques, non quelque chose de magnétique semblait provenir de lui. Aujourd’hui, je  parlerais de charisme.

A l’époque, j’étais encore trop jeune pour comprendre que c’est ce charisme qui allumerait la plus  forte et merveilleuse passion de ma vie.

 

Je descendis du train à Beddington. Mon esprit chamboulé, mon imagination enflammée.

La soirée fut rêveuse.

Le lendemain, je me rendis à l’école bien plus préoccupée par cette rencontre impossible que par mes leçons d’anglais.


Le soir, 17h34, il ne vint pas. Je fus si triste et s’il n’avait été qu’une furtive apparition dans ma vie ?  Un mirage d’un soir dans un train qui prenait des allures de fantôme ?

Tu sais bien, toi ma petite fille, qu’à ton âge, on a l’esprit fantasque. Sa disparition dura quelques jours et pris pour moi des allures de fin du monde.

Je me trainais l’esprit empli de ce visage que j’avais entrevu si doux, si adorable le temps d’un voyage.

Les jours se suivirent  mornes et tristes. Mon attitude  alarma les sœurs qui joignirent mes parents.

Je reçus une lettre  de ma mère. Elle se sentait bien loin de moi et ne comprenait pas que sa petite fille, si enjouée et souriante puisse soudain se morfondre seule dans un dortoir vide durant des heures. Elle était inquiète.

Je lui répondis, lui expliquant que la France et ma famille, bien sur, me manquait. Je la rassurais aussi bien que je pus. Il m’aurait été impossible de lui avouer que mon cœur battait pour la première fois et pour un inconnu croisé dans un train.

Ce n’était pas dans les usages.


Photo. du train de 17h12

Ontario




Mercredi 10 octobre 2007 3 10 /10 /Oct /2007 15:34
- Par isabelle - Publié dans : il était une fois - Communauté : Rêvons si tu le veux bien ...
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  • une depressive idéaliste qui veut croire en l'humain, qui n'acceptera jamais la communication à travers la violence, la guerre. j'ai la chance de vivre dans un pays où je suis libre de dire , d'écrire, le faire est un droit mais surtout un devoir

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