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En attendant, ma conversation rituelle avec sir Tennant, dans le train de 17h34, s’étoffait au fil des jours.

Il me faut avouer qu’il était bien plus bavard que moi. Sa seule vue me paralysait. Mon cœur battait la chamade et quand d’aventure il me posait une question j’arrivais tout juste à balbutier quelques mots souvent inaudibles, auxquels il me répondait d’un sourire indulgent et sans doute un rien amusé.

Les jours passant, j’appris qu’il travaillait à la city, j’avoue que si je buvais littéralement ses paroles, parfois leur teneur m’échappait. Il me parla d’affaires, de transactions. Tout cela était bien loin de mon monde encore enfantin. Je me jurai d’apprendre et de lui offrir à l’avenir une attentive écoute.

Ses mots me berçait et parfois faisant mine de m’y intéresser je me permettais de le dévisager sans pudeur. Dieu qu’il était beau. Son teint un peu mat faisait ressortir les fines aigues marines de ses yeux. Il se tenait bien droit, dans cette attitude, savant mélange de fierté et digne suffisance propre aux sujets britanniques.

À mes yeux, il était prince, noble d’allure faute de l’être de sang.

Ces rendez vous informels se renouvelaient chaque jour.

J’adorais quand il me racontait Paris, ce Paris qui le temps de ses récits n’appartenait qu’à nous, lui qui redonnait vie à ses souvenirs, moi qui me laissait dériver, les faisant miens, le temps d’une histoire.

J’en apprenais beaucoup sur cette ville qu’il qualifiait de plus belle entre toutes. Qu’ils étaient loin mes souvenirs de Samaritaine, bien loin, là bas, dans mon enfance !

Je découvrais un nouveau Paris, un Paris étincelant dans le regard d’un homme me racontant quelques jours de sa vie.

Là, dans ce train des faubourgs londoniens, j’ai fait, mes plus belles promenades parisiennes.

Le cliquetis lancinants des rails berçait ses récits et je m’envolai vers un ailleurs qui, pourtant, habillait, il y a encore peu, mon quotidien.

Il connaissait si bien, décrivait si joliment ce Paris frivole et en fête qui m’étais étranger vu mon âge et mon éducation.

Au fil des jours, ses talents de conteur me promenèrent sur tous les faubourgs.

Parfois, je fermais un peu les yeux m’imaginais belle coquette déambulant à son bras dans un Paris ensoleillé. Les passants nous  admiraient. J’avais une ce ces robes à la mode, un chapeau londonien, des gants noirs, des souliers vernis, mélange de petite fille sage et de femme distinguée.

Chaque soir en rentrant au couvent, j’avais hâte d’être enfin couchée, hâte de partir dans les rêves les plus fous. J’ai rêvé de longues  ballades au bord de seine, de soirées dans d’élégants restaurants, de baise mains délicats et parfois mon enthousiasme me conduisait vers un baiser fougueux, un de ces baisers romantiques au bord de l’eau.

Je me réveillais heureuse, prête à voler toute la journée vers le  train de 17h34.


Lundi 29 octobre 2007 1 29 /10 /Oct /2007 15:03
- Par isabelle - Publié dans : il était une fois - Communauté : Rêvons si tu le veux bien ...
mouillez vous !!! - les 3 sont encore tout humides ...
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  • isabelle Cassou
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  • une depressive idéaliste qui veut croire en l'humain, qui n'acceptera jamais la communication à travers la violence, la guerre. j'ai la chance de vivre dans un pays où je suis libre de dire , d'écrire, le faire est un droit mais surtout un devoir

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