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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 23:14

http://robindeslois.org/wp-content/uploads/2010/05/prison-valley.jpg

 

 

 

 

 

Sans doute l’avez-vous remarqué, j’écris très souvent par impulsion …
Mais après tout à quoi bon l’ouvrir si l’on a rien à dire ? !

Cette phrase va, j’en suis sûr, faire mourir de rire tous mes proches…

 

Bref comme d’habitude je m’égare…
 
Ce matin alors que je me levais à une heure,  pour moi , très matinale, je suis tombée par hasard sur l’émission Théma , diffusée sur Arte , dont le thème était la prison.
Rassurez-vous je ne me suis pas fait mal mais il me faut admettre que j’étais bien chamboulée à la fin de l’émission. Il me fallait donc absolument partir sur la toile et me faire un avis sur ce sujet malheureusement de plus en plus d’actualité.
Et ce soir, alors que je n’ai pas encore déblayé tout à fait le terrain, je m’apprête à mettre en page le premier article sur ce sujet brûlant.
 
L’émission commence par un reportage  d’un genre assez peu commun.

En effet ,il s’agit d’un web documentaire réalisé par:


  David Dufresne et Philippe Brault.

 

Il est traité comme un road movie et nous fait voyager à travers un comté qui pourrait bien être  l’antichambre de l’enfer.
Ce  documentaire a fait le buzz sur la toile et je vous recommande vivement d’aller le découvrir, non seulement pour le côté convivial et attractif du site, mais avant tout et surtout pour un contenu que  je qualifierais d’affolant et alarmant, traité de telle sorte qu'on ne peut pas rester indifférent.

 

Le titre est évocateur :
 
« Prison valley» L’industrie de la prison
 
À lui seul l’énoncé fait peur, les chiffres parlent :
Un comté, Fremont county : deux villes : Canon City et Florence
36 000 habitants, 13 prisons, 7731 détenus.
 
Voici une petite phrase, dite par le maire d’une de ces villes qui en dit long sur cette industrie qu’il faut bien qualifier de florissante :
« Il est important de savoir, que quand une récession nous touche, comme celle qui vient de toucher l’Amérique,  le Colorado et le comté de Fremont, quand on a une industrie telle que celle des prisons, ces emplois ne risquent pas d’être perdus. On ne va pas rendre leur liberté aux prisonniers pendant une récession.»
 
L’endroit sans ces prisons n’est rien, un désert aride qu’on qualifierait volontiers d’antichambre de l’enfer…
Quelques motels miteux et hors d’âge se remplissent le week-end grâce à des  familles qui font des heures et des heures de route pour rejoindre cette région isolée et loin de tout, juste pour voir leur «prisonnier».
 
Des personnes se battent pour que les choses changent, pour que certaines tristes réalités ne soient pas à tout jamais des fatalités, Christie Donner, militante pour la réforme pénale parle et ça donne froid dans au dos :
«Nos prisons sont des lieux de bannissement : « loin des yeux loin du cœur », vieille habitude d’esclavage dans ce pays où l’on fait du profit sur les gens enchaînés. La justice pratique une incarcération de masse. Un rapport du ministère de la justice des États-Unis dit  qu’un afro américain, homme, né en 2001, aura une chance sur trois d’être incarcéré aux États-Unis, à un moment donné de sa vie, une chance sur six pour les latinos. Voilà ce qui est l’incarcération de masse. Dans les communautés afro américaines et latinos, chaque famille est concernée. Quelqu’un qui appartient à cette famille a été incarcéré ou l’est actuellement. C’est incroyable… »
 
La guerre contre la drogue,  le durcissement des peines qui ont doublées en 20 ans, les libérations conditionnelles quasi inexistantes expliquent ce constat dramatique et les chiffres alarmants cités plus haut.

J’y reviendrai dans un autre article ....
 
Erin Rosa est journaliste à Denver. Là encore, quelques chiffres impensables :
« Les États-Unis incarcèrent un citoyen sur 100. En pourcentage, c’est plus qu’en Chine. Un employé de ces prisons ne peut communiquer avec les journalistes sans risquer de perdre son emploi. La loi du silence règne.»

A creuser, là encore ...
 
On reprend la route en direction de Supermax, sorte de prison modèle.
En 1992 les travaux commencent et dureront environ deux ans. Les habitants du cru se sont cotisés afin d’acheter et d’offrir des terrains au bureau des prisons de Washington. La ville entière a soutenu ce projet qui fut par la suite surnommé l’Alcatraz des rocheuses.
Prison basée sur le principe de la privation sensorielle, la prison est en forme de triangle. Les prisonniers n’ont aucun accès à l’extérieur. Il leur est impossible d’apercevoir qu’autre chose que le ciel et des murs de 6 m de haut. Pas de points de repère, ils ne savent pas à où est le nord, où est le sud. Cela empêche toute possibilité d’évasion.
Allen Rexford, syndicaliste et gardien à Supermax explique le fonctionnement de la prison, arborant une arme à peine cachée sous sa chemise :
« Seul accès à l’extérieur,  une fenêtre de 10 cm sur 1 m, ils voit le ciel, ils ont de la lumière conformément aux normes de l’American Correctional  Association. Ils doivent avoir de la lumière naturelle. Les cellules sont pratiquement toutes sur le même modèle : une douche en acier, une couchette, un bureau et un tabouret en béton, une étagère également béton pour poser la télévision ; Un sas dans chaque cellule avec des grilles et une porte pleine extérieure qui s’ouvre afin que l’on puisse s’occuper du détenu à travers la grille.»
A Supermax, on trouve les prisonniers les plus dangereux d’Amérique qui sont confinés 23 heures  par jour.
Allen est fier de travailler dans cette prison qu’il baptise « fleuron », THE (la) prison, il cite le nom de personnages tristement célèbres enfermés ici.
Impossible pour les journalistes d’ approcher, les demandes officielles ont été refusées pour raisons de sécurité et aux alentours ils se trouvent toujours une voiture de police ou de fermier local pour les faire reculer.
 
Sorte de comble incroyable, ils  trouvent un prospectus les invitant à être « emprisonnés » dans un musée ouvert dans une ancienne prison pour femmes,  exhibant chambre à gaz et autres réjouissances, le tout au son d’ordres proférés par haut-parleur depuis la prison voisine, elle, encore en service.
 
À Canon City, à part quelques exceptions comme le groupe rock local, tout tourne autour des prisons.
Rick et Shelley Smitley ne font pas exception à la règle. Lui, veille sur les systèmes électroniques des prisons et elle tient la boutique d’uniformes en  tous genres sur lesquels ils brodent toutes sortes d’écussons. Ils parlent de leur boutique avec fierté et comptent parmi les quatre entreprises aux États-Unis fournissant ce genre d’uniformes. Ils en expédient partout sur le territoire américain.
Et là, pas de doute, ce premier pas vers l’industrie nous approche du cœur du sujet.
 
Le charmant shérif du comté, républicain, élu pour la deuxième fois, se fait un plaisir de promener les journalistes dans la région, leur montrant les grillages sillonnant les routes, le cimetière plus que précaire des prisonniers sans famille morts en prison, une prison féminine fermée quelques jours plus tôt principalement pour des raisons financières. Il est particulièrement fier de tous les bâtiments de sa ville construite en pierre du pays, taillée au fil du temps par les prisonniers. Il promène les journalistes sur une route surplombant une vallée et construite par les prisonniers.
La promenade se termine par une visite dans « SA » prison, il affirme, alors, haut et fort des vérités du style : « il faut toujours donner de la bonne nourriture aux prisonniers, sinon cela crée de la frustration, et risque de multiplier les incidents. ».
Sa prison est la prison locale, il s’y promène comme chez lui, au milieu des prisonniers que lui et son équipe ont arrêtés : 18 femmes et 145 hommes. Conducteurs en état d’ivresse, meurtriers, fumeurs de cannabis, braqueurs transitent tous par ici, tous enchaînés et entravés sans distinction de peine. Les grands criminels ont un uniforme vert, les délits moyens sont au rouge et enfin l’uniforme rayé est pour les petits délits.
Le quartier des femmes est une grande pièce où vivent 18 détenues femmes pour 16 lits, deux matelas sont à terre.
 
« Je n’aime pas voir tous ces gens en prison, c’est comme ça que l’Amérique a grandi, c’est un problème culturel » sont les paroles d’au revoir de cet étonnant shérif …
 
Dans une prison ancienne, vitrine du savoir-faire industriel des prisons américaines, sont fabriquées des milliers de plaques d’immatriculation et autres panneaux routiers, les prisonniers touchent le meilleur salaire versé dans les prisons américaines soient 50 $ par mois.
Une sénatrice  démocrate, Buffie Mac Fadyen, étonnant paradoxe de cette région, affirme au sujet du travail des prisonniers :
« Nous devrions pouvoir offrir un métier aux détenus pour leur sortie, nous créons des opportunités,  nous avons quelques-uns des prisonniers les moins payés dans le pays, mais je ne  gagnerai jamais une élection en voulant mieux payer les prisonniers. Nous ne devrions pas créer une industrie des prisonniers, ça ne devrait pas arriver. Nous avons aux États-Unis ce que j’appellerais une mentalité de fabrication, nous avons externalisé beaucoup de notre production. Les produits que nous trouvons sont pratiquement tous d’importation. Que nous reste-t-il aux États-Unis ? Alors on s’est  mis à exploiter le travail de nos prisonniers pour compenser notre manque de production. »

Le discours est incroyable et demande, là aussi, quelques approfondissements , je vous en dirai plus dans un autre article.
 
Brenda, une femme de prisonnier, a fait 10 heures  de route avec sa fille de trois ans, pour voir son mari incarcéré pour 10 ans et demi pour délit en col blanc. Elle a du mal à comprendre :
«Il n’a jamais eu d’ennuis, avant ça, je veux dire… Il n’a tué personne. Je pense que le système des prisons en Amérique … Ici je ne paye rien, juste l’essence et l’hôtel. Je refuse d’acheter de la nourriture, je ne mange pas dans les restaurants. Les gens d’ici sont plutôt vulgaires. Ils gagnent beaucoup d’argent, mais ils ne s’occupent de rien. Si la prison n’était pas ici, il n’y aurait rien ni personne. Parce que les gens n’ont rien d’autre à offrir. »
 
Dory Williams, clerc de la ville de Florence explique :
« En 1990 alors que le bureau fédéral des prisons est venu chercher un terrain ici, les gens de la région étaient plutôt inquiets de voir arriver une autre prison. C’est une industrie  « clean». Ce n’est pas la prison qui nous dérangeait, disons que ça assurait des emplois. Un des soucis soulevés par un membre de notre conseil municipal était que les familles des prisonniers pouvaient apporter des drogues, de l’alcool. Qu’elles pourraient submerger les services médicaux de l’assistance sociale. Le bureau nous a assuré que dès qu’ils construisent des prisons, les familles des prisonniers sont  suivies à la trace et que dans le cas où elles viendraient à vouloir aménager aux environs de la prison, le prisonnier serait immédiatement transféré dans un autre centre de détention. Donc nous n’avons jamais eu ce genre de problème. »
Le temps dans la ville de Canon City semble à  l’insouciance. La ville  est sure.

Là, à nouveau, on hallucine, tout est prévu  !!!
 
Christian Snelson, ancien gardien de prison, actuellement gérant d’un café local, raconte :
« J’ai travaillé sept ans à la prison et depuis que j’ai ouvert ce café, les gardiens avec qui je travaillais y viennent. Je ne voulais pas créer un  « café prison» Je voulais que ce soit un restaurant familial. Pour faire une rupture nette avec la prison. Quand on est gardien, on a l’habitude de jouer un rôle. Quand on a des enfants, on a tendance à leur parler comme à des prisonniers. En disant juste « oui » ou « non ». Plus  les enfants grandissent, plus vous devenez sévère, et on veut qu’ils obéissent au doigt et à l’œil. Quand on est gardien, on ne montre pas ses émotions. Ici je peux pleurer, je peux montrer mes émotions.»

Je ne sais pas ce que vous en pensez mais moi, franchement, ça me fait très peur.
 
Une psy, Caterina Spinasis Tudor, a pour clients des gardiens de prison :
« Ils commencent à se considérer comme un policier tout le temps, comme un guerrier. Dans la vie de tous les jours, ils  restent en service ils surveillent ils guettent le danger. Leur jugement sur les autres est modifié, ils pensent que tout  le monde ment, qu’on essaie de les manipuler. Ils n’ont plus confiance en personne. Les gardiens s’isolent,  ne parlent à personne. Il y a une certaine solitude et de la peur. »

Que rajouter ? Que penser ?
 
Cette ville est devenue le royaume de la peur où se côtoient sans vraiment plus se voir, la population, les familles des prisonniers, les cars qui transportent les détenus vers leur travail.
 
Cette région fonctionne sur une seule industrie : les prisons. Pas de crise dans le secteur !
Un Élu local du comté de Fremont Colorado constate :
«Quand une entreprise propose de verser des milliers de dollars à la construction de la prison, aux ouvriers du chantier pendant 18 mois voire deux années, dans une communauté, pour construire une prison de plusieurs  millions de dollars, ça ne se refuse pas… Les ouvriers vont consommer pendant qu’ils construiront ces prisons. »
 
Mais voilà que la machine s’enraye, une nouvelle prison toujours plus grande toujours plus modèle se construit au nord  du comté, elle s’avère un véritable gouffre financier, 163 millions de dollars,  charges pour l’État. L’ouverture doit être reportée.
Comble d’ironie, les cellules de cette nouvelle prison sont fabriquées dans des ateliers de soudure par des prisonniers voisins. Ils ont également construit des cellules pour d’autres prisons dont quelques privées.
Le client devient fournisseur, et le fournisseur propose une manœuvre à prix défiant toute concurrence.
La boucle est bouclée …

 

Je souhaite que ce premier article vous  donne l'envie d'aller sur le site et le blog de ce documentaire si particulier.

 

 

Prison valley, le blog

 

 

et

 

Prison valley, le site

 

 

petite formalité, sur le site, s'inscrire, rien de plus, ça n'engage à rien ....

 

 

 


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Published by isabelle - dans sujets brulants
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